C’est une zone parallèle qu’on atteint seulement quand on a la chance de devenir parent et d’avoir une crèche. Amis parisiens, vous pouvez aller lire un autre article, étant donné qu’à moins d’être sponsorisé par le député maire de votre arrondissement, il est impossible que vous connaissiez la crèche avant les 14 ans de votre aîné.
Le principe est simple : quand on dépose son enfant à la crèche, c’est qu’on en a besoin, car on bosse. En général, à peu près tous à la même heure. Ce qui fait que dans toutes les crèches de France, entre 7h45 et 9h, c’est sensiblement le même rituel.
Dans la nôtre, il faut déjà s’identifier au visiophone. Parce que tu rentres pas comme ça. La première fois, j’ai eu peur qu’il y ait un mec qui sorte, qui me scrute de bas en haut et qui finisse par me dire sans me regarder dans les yeux : « ouais, désolé, ça va pas être possible monsieur ». Bon. Mais en fait, non, j’ai pu passer le sas …
Et là, tu arrives dans l’antichambre de la crèche. En fait, un lieu d’examen. Un tribunal. Tu y passe en comparution immédiate, jugé par tes pairs.
Ça, je l’ai bien vu la dernière fois, lorsque je suis arrivé à l’arrache, avec un bébé pas coiffé sous le bras, une chaussette en moins et avec un bavoir dégueulasse, tout ça parce que ma petite n’avait rien trouvé de mieux que de me servir son combo préféré de « vomi-caca-pipi sur fringues toutes propres alors que t’es déjà super à la bourre bordel de merde ».
J’étais catégorisé : père indigne. Sentence rédhibitoire et immédiate.
J’aurais pas aimé les connaître pendant la guerre de 1940 ces enfoirés …

Oui, bon, je viens d'investir dans une tablette graphique mais je suis nul en dessin. Soyez indulgents
Après, il faut mettre des chaussons en tissu éponge. Il y en a un bac en plastique rempli, avec à l’intérieur des paires de toutes les couleurs. Donc séance d’humiliation obligatoire parce que pour les mettre, il faut te contorsionner dans tous les sens, assis comme un con sur un banc taille 2 ans et demi. C’est histoire de pas salir. Moi, systématiquement, je mets un point d’honneur à toujours prendre deux chaussons dépareillés.
C’est mon côté rebelle.
Genre on me soumet pas, moi. Je suis un hors-la-loi de la che-crè. Un hors-la-loi qui a l’air débile avec un pied rose et un pied jaune, certes, mais un hors-la-loi sans concessions.
Ensuite, tu peux enfin déposer ton moufflet à l’un des super héro qui passe sa journée enfermé dans cet endroit, et apparemment de façon volontaire. Respect total. Parce que je sais pas comment ils font pour travailler au milieu d’une quinzaine de mômes en fusion dès 8h du mat’, moi je me serai depuis longtemps suicidé dans la piscine à balles.
Il faut ensuite passer les consignes. C’est un peu comme une passation de pouvoir entre deux présidents de la république. On se file les codes de la dissuasion nucléaire histoire de ne jamais être pris au dépourvu.
Ça donne des dialogues un peu étranges :
« Bon. tout va bien. Elle a mangé à 7:00″
« 180 cc ? »
« Non, 150 seulement. Avec vitamine D »
« Ah. Bien. »
« Sinon, il y a un début d’Erythème … »
« B Pantène ou mytosil ?? »
« Comme vous voulez. »
» Ok … Et une selle ce matin ? »
» Non. Juste du pipi. »
« Ah. »
« Bon, je vous la laisse ? »
« Oui. Merci. Bonne journée. »
« Bonne journée, bon courage …
A toute à l’heure »
Enfin, une dizaine de minutes après être entré, tu ressors, libre. Colis livré.
Maintenant, une journée de travail.
Enfin, un peu de répit …